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Voulez vous goûter la tomate "trouduc du marmandais bio" ? Les semences-bio, c’est quoi ?

Les semences-bio, c’est quoi ?

On entend de tout sur les semences, dont la forte charge symbolique suscite bien des débats. Semences paysannes, anciennes, « interdites », contre conventionnelles, hybrides… Commençons par les « semences-bio ».

Le site InfOGM contient un article intitulé « Semences bio : comment renforcer leur disponibilité ? ». Il s’agit ni plus ni moins qu’un vibrant appel à la déréglementation du marché des semences. Je vous le fais en plus court : « on voudrait pouvoir vendre n’importe quoi ! »

Assez curieusement, on a là un site qui exige l’interdiction par la loi des OGM en se targuant d’informer les gens et qui appelle activement à la dérégulation des semences.

Actualisation oblige : l’article mis à jour en 2014 mais toujours présent sur le site ne mentionne pas ce qu’il pourrait qualifier d’un début de « victoire » : une loi récente permet désormais la vente de semences dites « paysannes », alors qu’auparavant seuls le don et l’échange entre particuliers était autorisés (ce qui fera l’objet d’un autre article).

 

« Mais c’est quoi au juste une semence « bio » ?

La question est posée dès le départ.

« Entre les exigences réglementaires, souvent pensées pour la bio en circuits longs, et les désirs des autres bios plutôt en vente directe ou circuits courts, découvrons l’éventail des pratiques et des améliorations possibles. »

On va donc nous expliquer :

- ce qu’est une semence-bio.

- comment adapter le business, traduction : pour les petits producteurs qui font dans le local il faut des semences-bio avec des variétés rigolotes, pardon « paysannes », « anciennes », et à destination des rayons bio des supermarchés, il faut des « «semences-bio-conventionnelles » (!!)

Il y a un petit paragraphe qui explique que pour faire des semences-bio, il faut « rincer » les variétés non-bio en les trempant dans du bio. Bien sûr, ce n'est pas formulé ainsi ! Autrement dit, on prend une variété, on la cultive en mode bio (de 1 à 2 ans selon les cas), c’est le règlement qui le dit, et hop, on a des semences bio. C’est tout !

Le paragraphe suivant mérite d’être copié, car c’est un festival.

« Produire des semences en bio exige donc de respecter une double obligation : de moyens, puisque cette production doit suivre le cahier des charges de l’AB (cf. encadré) ; et de résultats, puisque ces semences sont soumises aux mêmes réglementations que les semences conventionnelles (taux de germination, pureté variétale, pureté spécifique, éventuellement contrôle sanitaire des germes de maladies véhiculés par les semences et bien entendu les critères d’enegistrement (sic) des variétés au catalogue : distinction, homogénéité, stabilité (DHS) et, pour les espèces agricoles, valeurs agronomique, technologique et environnementale (VATE)). Le respect de ces deux obligations est indispensable pour mettre sur le marché des semences labellisées « bio ». Mais est-ce que la logique « bio » peut et doit se fondre dans le moule de la logique « conventionnelle » ? N’y a-t-il pas une démarche spécifique à la bio que ces critères pervertissent ? Pour Guy Kastler, délégué général du Réseau Semences Paysannes (RSP), les critères DHS et VATE, et certaines normes sanitaires, entravent les possibilités d’adaptation locale sans intrants chimiques et les transformations artisanales et diminuent les qualités nutritionnelles et gustatives. »

Osons une traduction simple de ce pavé. En un paragraphe, on nous informe que le fameux catalogue officiel tant décrié imposerait aux semences d’être dûment identifiées, de germer, de ne pas être mélangées à d’autres espèces ni à d’autres variétés, de ne pas être malades ou porteuses de maladies !? Que de contraintes ! C’est trop ! « N’y a-t-il pas une démarche spécifique à la bio que ces critères pervertissent ? » Autrement dit, ils nous embêtent ces gens qui veulent des vraies et bonnes semences !

Mais entrons en religion pour la dernière phrase, car de la religion il en faut :

- « certaines normes sanitaires, entravent les possibilités d’adaptation locale » : la génétique, c’est très complexe, faisons croire que « l’adaptation locale » sans « certaines normes sanitaires » permettrait de vendre…n’importe quoi.

- « sans intrants chimiques » : faisons croire que les engrais chimiques changent quelque chose à la question, ou mieux, que les productions issues des semences conventionnelles exigent des intrants chimiques, autrement dit que leur dépendance aux engrais de synthèse et aux pesticides est génétiquement délibérée. Vraiment ?

- « et les transformations artisanales » : l’utilisation du terme « artisanal » fait passer l’ombre malfaisante des multinationales capitalistes qui ont l’emprise sur le vivant, alors que n’importe quel jardinier pourrait se proclamer « semencier artisanal ». Vive la liberté de vendre n’importe quoi ! (bis)

- « et diminuent les qualités nutritionnelles et gustatives » : c’est le bouquet final de cette phrase. Des sources sérieuses et facilement trouvables existent, en dépit de cet élément de propagande qui a très bien « pris » dans l’opinion publique, pour montrer que c’est une allégation. Un sujet qui mériterait à lui tout seul une bonne controverse. Au milieu d’un océan de régimes détox gluten free, les nutritionnistes, les vrais, ont bien du mal à se faire entendre.

Le reste de l’article confirme tout à la fois les objectifs avec les éléments de langage du marketing pur et dur, devenant en soi une véritable feuille de route pour le développement d’une filière. C’est à se demander, s’il n’y a pas eu une « erreur » en diffusant ce qui semble être un document de stratégie interne plutôt qu’une « information » sur la problématique des semences. Il y a même un chapitre intitulé « Éliminer progressivement les semences conventionnelles » : il faut bien sûr y comprendre le complément « de la filière-bio » ! Ou encore « Adieu les semenciers conventionnels ». Et les normes élémentaires qui vont avec.


Concluons :

-à la question les semences-bio sont-elles « génétiquement-bio » ?

La réponse est bien sûr : non. L’adhésion aux pratiques culturales du bio ne modifie pas les gènes. On peut très bien cultiver des semences non-bio en bio, l’inverse aussi.

La différence au niveau des semences ? C’est le prix.

- l’infâme capitalisme « propriétaire de l’agro-industrie » et responsable de tous les maux de la Terre a de sérieux concurrents.

- l’information ou la propagande, il faut choisir. Libre à chacun d'adhérer ou pas au concept de l'agriculture ou du jardinage bio, d'accepter de payer plus cher des semences bio, selon une éthique que nous ne discuterons pas ici. Peut-être pourrait-on réclamer d'être correctement informé ?

Terminons par un exemple. Jeannot X., artisan-semencier bio situé dans le pays de Marmande à Trouduc, ayant effectué sa période « d’adaptation au terroir », intitulerait sa production à destination des petits marchés locaux qui fleurent bon le bio : « Tomate Trouduc du Marmandais Bio » et en même temps, dealerait le reste de sa production aux supermarchés sous la dénomination plus vendeuse et populaire « Tomate de Marmande Bio ». Deux variétés différentes pour une seule, en somme. Pardon, des variétés « bio ». La biodiversité tant réclamée par les mêmes a parfois bon dos.

N.B. la tomate de Marmande, bien connue sur les étals, est une variété « ancienne », elle existe bien sûr en conventionnel comme en bio et…elle figure bel et bien au catalogue officiel (dont on parlera dans un prochain article).

 

P.S. l’article est illustré avec une jolie pomme coupée d’où dépassent des pépins. Des pépins bio ? Ce qui est « drôle » c’est que ces pépins mis à germer ne donneront très certainement pas un pommier de la même variété que la pomme en question.

La génétique, c’est trop compliqué.

 

L’article intégral :

https://www.infogm.org/5679-Semences-biologiques-comment-renforcer-leur-disponibilite

 

 

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